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Premier Rendez-vous
Par
Traduit de l'anglais par Morgane
Avertissement : cette histoire a été écrite pour ma correctrice d'épreuve, MyWarrior, à titre d'exercice alors que je rédigeais une histoire beaucoup plus longue, afin de combler certaines de mes lacunes stylistiques. Je ne puis donc la remercier, puisque le fait de rendre cette histoire accessible aux lecteurs me rend très nerveux. Elle doit donc prendre tout le blâme pour m'avoir encouragé à l'écrire ... et pour son contenu. Les personnages de Xena, Gabrielle et Autolycus sont la propriété de RenPic et MCA. Je les ai situés dans un décor où je les crois heureux, le Xenaverse de Merwolf, et dans la maison qu'elles habitent à Amphipolis. Je n'ai obtenu aucune permission pour l'utilisation de ces personnages, ce fut fait seulement pour mon propre plaisir et je n'en retire aucun avantage financier.
Violence : aucune
Sexe : il s'agit d'une histoire courte, qui porte en elle un vent de légèreté. Cependant, si le fait que deux femmes soient amoureuses l'une de l'autre vous cause un problème, si cela est interdit dans votre lieu de résidence ou si vous n'êtes pas majeur, vous êtes invités à poursuivre votre lecture ailleurs. Je n'ai rougi qu'une seule fois en lisant cette histoire à ma fille, sa classification devrait donc être PG 13.
« Marché conclu » ai-je répondu.
Cela se passait hier soir. Maintenant que j'allais frapper à ma propre porte, en me souvenant de la raison de ma présence, je me sentais infiniment stupide.
Tout a commencé, comme d'habitude, quand Gabrielle m'a demandée : « Xena, je peux te poser une question ? »
J'ai essayé, toujours comme d'habitude, d'éviter de lever les yeux au ciel.
« Tu es déjà sortie avec ... des garçons ... non ? Tu sais, juste de simples rendez-vous ? »
Nous étions confortablement installées, au lit, dans notre maison d'Amphipolis, et ce n'était pas là une question à laquelle je m'attendais.
J'ai songé un instant, avant de répondre. « Je le crois, avant Cortese, quand je n'étais pas en train de les tabasser. Oui, je crois bien être sortie avec quelques garçons. Qui ne l'a pas fait ? » Et je me suis tue. J'ai alors vu briller ses yeux à la lueur de la lune.
« Gabrielle, nous sommes pourtant déjà sorties ensemble, toi et moi ... »
« Et ces moments étaient ... magiques, mon amour. Mais ce que je veux dire, hé bien, c'est que jamais je n'ai eu ... de "premier" rendez-vous. J'ai toujours imaginé, lorsque j'étais enfant » ... a-t-elle dit, d'une voix pleine de regret.
Elle a certainement perçu ma réaction de surprise, puisqu'elle a poursuivi « Peut-être était-ce à cause de mon père, peut-être était-ce parce que j'étais ... différente, je ne sais pas, mais jamais personne ... » puis sa voix s'est éteinte. Elle redevint alors cette toute jeune fille de Potedeia. Et, parce que je suis incapable de lui refuser quelque chose, j'ai dit « Pourrais-je le faire, pour toi ? » Et j'ai vu ses magnifiques yeux verts s'emplir de plaisir anticipé.
Un rendez-vous courant, voir même tout à fait ordinaire, pas de chasse au Minotaure ou de déesses avides de répandre leurs bienfaits, seulement un simple rendez-vous ?
« Marché conclu » ai-je répondu.
J'étais donc là, engoncée dans une robe trop étroite, que je portais à quinze ans, alors que mon corps était, dirons-nous ... un peu moins bien rembourré, avec à la main un bouquet de fleurs. Ainsi attriquée, j'ai frappé à la porte de notre demeure.
Je m'attendais à voir Gabrielle, mais ce fut un autre visage connu qui m'accueillit.
« Oui » a dit Autolycus, debout dans l'entrée.
Seule la considération que je doive à cet homme m'a permis de retenir le grognement qui risquait de m'échapper. « Que fais-tu ici ? »
Il me chuchota la réponse d'un air penaud. « Xena, je fais cela à titre de faveur personnelle pour Gabrielle et, crois-moi, je n'en retire aucun plaisir particulier. »
« Ouais, ouais. Cause toujours » ai-je grommelé.
Apercevant les fleurs que je tenais toujours à la main, il s'élança dans son rôle « Vous êtes là pour voir Gabrielle, entrez, je vous en prie. » Et il me permit de pénétrer dans ma propre maison, avec un sourire ineffable. « Je suis sûr que ma fille sera prête dans un instant. »
Oh Dieux, je trouve parfois cet homme complètement insupportable ... et je me suis imaginée en train de faire du macramé avec sa moustache et son bouc.
Je remarquai qu'il portait une de MES vestes de cuir, alors qu'il me conduisait à un tabouret placé au centre de la pièce. Il a ensuite pris ses aises, dans mon fauteuil préféré.
« Vous vous appelez Xena, c'est ça ? » dit-il en caressant sa moustache.
Je me suis assise sur le tabouret. J'ai ensuite pris le temps de placer mes coudes sur mes genoux et de joindre les mains. J'ai finalement opiné de la tête, tout en tournant vingt fois ma langue dans ma bouche.
« S'il vous plaît, ne vous vexez pas de la question, mais que faites-vous comme travail ? »
Je le fixai avec le regard farouche de la guerrière aguerrie, un air qui me vient de façon très naturelle, et répondis « Je tue des gens. » Il n'a pas bronché.
« C'est un emploi très en demande ? » a-t-il rétorqué, avec une sincérité affectée qui s'exsudait par tous ses pores.
« Maintenant ? Dans cette pièce ? Oh oui, c'est très en demande » ai-je ronronné, en arborant un sourire de louve.
« Je veux dire, ce que j'entends par là, … c'est que, heu … est-ce un métier où l'on gagne bien sa vie ? »
« Non, pas vraiment. Je fais ça seulement dans mes temps libres. » Je ne savais qui, de lui ou de moi, allait craquer le premier.
« Gabrielle » ai-je appelé, en direction de notre chambre.
« Vous devrez apprendre qu'il ne faut jamais hâter les dames » m'interpella-t-il, d'un ton pompeux. « Il faut leur laisser tout le temps de se rendre belles. »
« Ga-bri-el-le » ai-je répété d'un ton maintenant presque désespéré.
« Parlez-moi de votre famille ? »
« Autolycus, tu as déjà roulé sous la table dans la taverne de ma mère. »
Il a hoché la tête, en disant « Pardon, je n'ai pas bien compris cette dernière remarque ? » Il reprit, après une pause. « Et que fait votre père ? »
J'ai placé les mains sur mes genoux et je l'ai fixé dans les yeux, avant de répondre. « On raconte trois versions : il a été tué d'un coup de hache par ma mère, il est le Dieu de la Guerre ou encore, il s'agit du Maître des Enfers. Je peux m'arranger pour que tu fasses sa connaissance, peu ... importe ... la ... manière ... »
Cette réponse le désarma, ce qui le fit lever de son fauteuil. Puis, fixant la porte de la chambre avec soulagement, il dit « Ah, la voici. »
Gabrielle parut dans l'encadrement. Elle portait un fourreau vert tendre, qui la couvrait du cou jusqu'aux pieds, une tenue que je ne lui connaissais pas. Quelqu'un, ma mère peut-être, avait tressé ses cheveux d'un blond vénitien en une torsade complexe, laissant néanmoins quelques mèches rebelles lui caresser les oreilles. Elle avait l'air si jeune, si fragile, que j'ai pleinement réalisé qu'il s'agissait vraiment de son "premier" rendez-vous. Toute ma colère s'est dissipée, dès l'instant où je l'ai aperçue, remplacée par une nervosité qui ne m'est pas coutumière.
Nous sommes restées là, éperdues d'émotion par un simple regard, oubliant même la présence importune d'Autolycus.
« Alors, jeune fille, tu reviens à quelle heure ? » Gabrielle, empreinte de joie, l'a étreint avec fougue pour toute réponse.
En m'avançant vers la porte, j'ai attrapé Autolycus par le collet pour lui glisser à l'oreille « je te conseille de NE PAS l'attendre PAPA. J'ai installé un campement à l'extérieur du village et si son cher papa y montre le bout du nez, on devra le remonter après avoir numéroté les abattis » et j'ai relâché ma prise.
« Je l'aime bien, ma chouette, elle a l'air de vraiment t'apprécier » a-t-il dit, en fermant un peu trop rapidement la porte.
Nous nous dirigeâmes en silence vers l'écurie, sans que je fasse l'effort de vouloir converser, puisque qu'une barde sans voix m'était trop inhabituelle. Mes bras semblaient trop longs, je ne savais qu'en faire, tout comme lorsque j'étais enfant. J'ai regardé sa main près de la mienne, et j'ai dit d'un seul souffle « Tu veux que l'on se tienne la main ? »
J'ai ajouté, seuls les Dieux savent pourquoi, « seulement pendant que nous marchons. »
Elle m'a dit doucement, en souriant « Je veux bien. Pendant que nous marchons. »
J'ai, malheureusement, dû laisser sa main quand nous parvînmes à la stalle d'Argo et je ressentis une grande perte à ce geste.
Je crois que ce fut également son impression, mais elle fit comme si de rien n'était et dit « C'est ton cheval ? »
Je souris, tout en répliquant « Oui, elle s'appelle Argo. » Ma jument me jeta un drôle de regard, pendant que Gabrielle lui flattait doucement le flanc. Je suis montée en selle, puis je l'ai aidée à y grimper à son tour. Elle m'a agrippée par la taille, de la façon dont elle le faisait les premières fois, ce qui rendit ma respiration difficile. J'ai donc déplacé légèrement ses mains, tout en lui disant « Comme ça. »
Elle a murmuré « Oh » et nous sommes parties.
Elle devait se douter de l'endroit où nous nous rendions, car les compagnies théâtrales ambulantes sont choses plutôt rares ici. Je ne m'attendais pas à grand-chose, malgré les placards publicitaires. Comme prévu, la fosse d'orchestre était remplacée par un simple escalier, qui joignait la scène et le sol. Les coulisses n'étaient qu'un rideau couvrant une partie de la scène et le décor n'avait rien en commun avec les extravagances d'Athènes. L'enceinte naturelle de 500 sièges ne tolérait aucune comparaison avec les amphithéâtres des grandes cités, capables de contenir plus de 10 000 spectateurs; il n'y avait, par contre, aucune mauvaise place. Je me suis tranquillement assurée, d'un regard circulaire, de la sécurité de l'endroit. Il semblait toutefois certain que nous ne serions pas importunées car je ne suis jamais sans défense, même sans arme.
Gabrielle fut déçue quand elle constata que nous avions raté les deux premiers volets d'une trilogie. Ce sentiment fut rapidement remplacé par un grand plaisir, lorsqu'elle se rendit compte qu'il s'agissait d'une pièce de Sophocle. Je préfère personnellement l'action d'une pièce d'Euripide, tandis qu'elle porte aux nues la torture mentale infligée par Eschyle. Sophocle semblait donc un compromis acceptable, dans les circonstances, puisque nous apprécions toutes deux la beauté de sa poésie. Je ne pouvais pourtant me rabattre sur ce vieil antagonisme, lors d'un "premier" rendez-vous. J'ai alors dit, pour je ne sais quelle raison, « les chœurs des tragédies grecques me transportent … aux enfers. »
Adolescente, j'aurais voulu disparaître sous terre, en voyant le regard qu'elle m'a lancé. J'ai alors ajouté, avec un sourire en coin, « Ce sera ma seule critique d'ordre général. » J'ai été si soulagée, quand elle a finalement souri et éclaté de rire, qu'on aurait cru que je venais de citer l'un des meilleurs textes comiques d'Aristophane. Je serais tombée en amour avec elle, dès ce moment, si je ne l'avais pas déjà aimée de tout mon cœur.
Elle était contente d'enfin pouvoir suivre tous les dialogues et moi j'étais heureuse de simplement être en sa compagnie, ce qui nous a évité de s'attarder à la pauvre qualité du jeu des acteurs. Je constatai aussi des similitudes, notamment l'entêtement et la bravoure, entre la femme assise à mes côtés et le personnage d'Antigone, lorsque cette dernière défia le roi. À la fin de la pièce, quand nos pleurs furent asséchés, je l'ai conduite sur une colline. J'ai étendu une couverture, afin de nous asseoir pour regarder la troupe démonter le décor, puis j'ai sorti une collation des sacs de selle. Ses yeux se sont mis à briller, en apercevant les mets délicats, et elle a attendu que je sois en train d'avaler une bouchée pour me demander « Tu as tout cuisiné toi-même ? »
Je faillis m'étouffer, avant de pouvoir avaler et de rétorquer « Non, heu, c'est ma mère qui a tout préparé. »
Elle a levé la main pour cacher son sourire. « C'est que tout est drôlement bon. » Je lui répondis, avec tout le sérieux dont j'étais capable « Tu devrais faire sa connaissance, un jour. » Et elle reprit, à son tour « J'aimerais bien. »
Nous étions assises à flanc de colline, sous un ciel constellé d'un millier d'étoiles, à échanger nos impressions de la pièce. Nous discutâmes de la pièce, entre autres de la primauté accordée à la mort du prince, par rapport à celle de la femme, et elle a prétendu être étonnée de ma capacité à citer des répliques du texte. Je me rappelle avoir dit à un certain moment, tout en la regardant dans les yeux, « Ma voie consiste à partager mon amour, non ma haine. »
Son regard s'est alors adouci et je me suis penchée pour l'embrasser. Elle s'est toutefois esquivée et a répliqué, de la voix du Roi, « Moi vivant, nous ne tolérerons pas les femmes qui veulent imposer leur loi. » Elle a ensuite regardé en direction de la Grande Ourse, avant de dire « Je devrais rentrer à la maison. » J'ai donc rassemblé nos affaires et sifflé Argo.
Je n'étais plus sûre de rien, à notre arrivée au campement, même en voyant le feu attendant d'être allumé et nos paillasses déjà installées. Elle m'a laissée l'aider à descendre de selle, avant de se retourner et de me dire « Merci, j'ai passé une merveilleuse soirée. »
J'ai marqué un temps, avant de m'approcher d'elle, en prenant pour acquis qu'un baiser d'au revoir allait conclure cette sortie.
Elle m'a chastement tendu la joue avant de fermer les yeux, en attente, mais je n'ai pu me résoudre à faire ce simple geste, pas plus que de m'envoler. J'ai donc incliné la tête et, le plus doucement possible, j'ai embrassé ses lèvres. Et ce fut comme d'habitude, du premier au dernier de nos baisers, j'ai perdu tout sens de la réalité. Je suis ensuite entrée tête première dans un arbre, en me retournant pour lui dire bonsoir.
Gabrielle a immédiatement arrêté toute affectation, en entendant le bruit de l'impact, et a ôté mes mains de mon visage afin de m'examiner. Elle s'est ensuite mise à rire, après avoir constaté l'absence d'une blessure grave. Je lui ai donc sauté dessus, le naturel revenant rapidement à la surface, avant de me mettre à lui chatouiller les côtes. Je me rappelle être assise à califourchon sur elle, quand l'essence du moment s'est transformé et que son corps s'est apaisé. Profitant du fait que ma tête se trouvait près de son oreille, j'ai chuchoté « J'ai un souhait presque impossible à formuler. » Je me suis ensuite rapprochée d'elle, pour caresser doucement de ma bouche le lobe de son oreille. Je perçus, malgré la noirceur, le rougissement et la légère enflure causés par ma caresse. Son souffle devint plus court et elle attendit la suite.
« Je souhaiterais être en compagnie d'une femme faite, qui soit l'autre moitié de mon âme. Que peu importent le nombre d'années que je passerai avec elle, peu importe le nombre de vies où je serai à ses côtés, elle sera toujours la plus attirante et la plus courageuse des femmes. » Je laissai une traînée de baisers, tout en chuchotant ces mots, avant d'atteindre le creux de son cou. « La femme la plus sexy que j'ai jamais connue, ma meilleure amie, ma sœur. Et que, par quelque miracle, elle ait la même perception de moi. »
Me prenant par surprise, elle m'a renversée, de façon telle que nos positions respectives furent inversées. Puis, comme je regardais ses magnifiques yeux verts, maintenant voilés de passion, elle m'a souri de ce sourire qui illumine tous les recoins obscurs de mon coeur.
« Marché conclu » a-t-elle répondu.
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